Salut, comment ça va ?

Si je te pose la question, oseras-tu me répondre ? Je veux dire : me répondre VRAIMENT ? Oser parler de soi, c’est risquer d’ouvrir une boîte de Pandore. Si ça se trouve, quand tu vas commencer, si tu l’oses, tu n’arriveras plus à t’arrêter. Ou alors tu te sentiras fragile, honteux, bizarre, simple ou pire : ordinaire. Tu peux aussi ne pas trouver les mots. En tous les cas, l’aura de mystère dont tu t’es toujours entouré, ou disons-le plus simplement, la carapace de protection que tu t’es forgée pourrait se fissurer et te déstabiliser.

Oser

Et alors ? Que se passerait-il ? Est-ce que le terme « vulnérable » te ferait peur par hasard ? (Je dis ça, je dis rien.) Moi, j’avoue qu’il m’effraie un peu… Je préfère être vue comme quelqu’un de solide, fiable, stable, constant, voire invincible – tant qu’à faire. Plutôt Captain America que l’incroyable Hulk. À la rigueur, que tu aperçoives des petites rougeurs disgracieuses sur mes joues, ou les manches de mon chemisier imparfaitement repassées, soit. J’admets. Je peux gérer cette petite honte. Mais que tu découvres qu’il m’arrive de perdre patience avec mes enfants, de crier quand j’en ai marre, de pester contre celui qui n’a pas mis son clignotant et aurait pu me faire faire un écart de conduite – non mais c’est pas possible ça –  alors que tout ce que tu voies de moi (enfin, c’est ce que je crois) est un doux et paisible lac vaguement ondulé par la brise du printemps… là je gère moins bien.

Ça te parle ? Il y a quelque chose de dérangeant à lever le voile, n’est-ce pas ? Mais est-ce si fatal que cela ? Est-ce que tu risques vraiment de mourir foudroyé sur place parce que tu as eu l’audace de dire que “ bof, ça n’allait pas trop, là ” ? Que dans ton boulot, tu n’étais pas assez performant ? Que ta vie de famille était tendue ? Que tu n’avais pas fait ta déclaration d’impôts à temps et que cela te mettait dans la panade ? Je te vois rougir. Si, si, tu rougis. Et laisse-moi te dire que ce n’est pas un problème. Parce que tu n’es pas le problème. Le problème c’est peut-être ce qui t’arrive en ce moment ou ce qui coince dans ta vie depuis longtemps, mais quand je te demande comment ça va, je te demande juste d’oser me répondre, même si tu dois rougir, ou blêmir, ou pleurer, ça peut faire du bien. Et pourquoi pas tout ça en même temps ?

Moi qui suis ta sœur, ton amie, ou seulement quelqu’un que tu croises de temps en temps, ose me parler. Je sais que je m’engage en t’invitant à le faire, au risque d’en rougir moi-même. Mais justement, dans ce monde qui ne tourne pas si rond, j’ai décidé que je devais faire une différence positive et bienfaisante dans ta vie, comme j’aimerais que tu le fasses pour moi, et pour tous ceux qui vont croiser mon chemin et le tien.

Accueillir

Lisons maintenant ensemble ces paroles révolutionnaires :

« Il faut que chacun de nous cherche à plaire à son prochain pour son bien, pour le faire progresser dans la foi. En effet, le Christ n’a pas cherché ce qui Lui plaisait. Au contraire, comme le déclare l’Ecriture : « Les insultes que l’on te destinait sont retombées sur moi. » (…) Que Dieu, la source de la patience et du réconfort, vous rende capable de vivre en bon accord les uns avec les autres en suivant l’exemple de Jésus-Christ. (…)  Ainsi, accueillez-vous les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis, pour la gloire de Dieu. » 

Epître aux Romains, chapitre 15, versets 2 à 7

Accueillir n’est pas un vain mot dans cette lettre de l’apôtre Paul. Encore moins dans le cœur de Dieu Lui-même.

Accueillir, c’est accepter, recevoir, ouvrir à l’autre son toit tout autant que son cœur.

Accueillir de manière authentique, c’est s’être laissé soi-même accueillir, avoir vécu cette situation de vulnérabilité qui pousse vers la générosité de l’autre.

Accueillir, c’est voir en l’autre celui qu’on pourrait être soi-même, ou que l’on a été parce qu’on est tous humains, voilà tout.

Accueillir, c’est aussi se livrer, laisser l’autre voir l’intérieur de chez soi, l’intérieur de soi.  

Aujourd’hui, es-tu prêt à m’accueillir ? Et es-tu prêt à être accueilli par moi ? Je n’aurai pas la réponse à toutes tes questions, je ne serai pas le modèle impeccable qui te rendra la foi dans l’humanité, je n’aurai peut-être pas vidé le cendrier qui me sert de poubelle dans ma voiture, il y aura bien un peu de poussière chez moi… Mais je t’écouterai parce que je me serais accordée une pause pour le faire et parce que je veux te voir progresser. En fait, j’aimerais qu’on progresse ensemble. Toi en me partageant un peu de toi, moi en te laissant m’atteindre un peu. Je suis sûre qu’il y a quelque chose à en tirer… 

« Et surtout, aimez-vous : l’amour est le lien qui unit parfaitement. » –

Lettre aux Colossiens 3 :14

À propos de l’auteur

Myriam Oliviéro
Investie dans le domaine sanitaire et social depuis de nombreuses années, Myriam est leader du Pôle Social&Mission de l’Église Momentum. Son travail vise à apporter une aide concrète, localement et au-delà de nos frontières, aux personnes qui font face à de multiples défis dans leur quotidien. Passionnée d’écriture, elle participe à la mise en valeur du travail d’auteurs et écrit elle-même des articles visant à encourager la foi.